Le 26 avril dernier, j’ai eu la joie d’accueillir à la maison l’AG annuelle de l’association Faire et Fil. Depuis 1975, l’association promeut le tissage et d’autres savoir-faire textiles (filage, feutre, teinture…) en proposant — entre autres — des stages d’initiation à différentes techniques, mais aussi des rencontres et des moments d’échange qui font toute la richesse de la vie associative.
Le traditionnel tour de table a permis de se présenter les un·e·s aux autres et a été l’occasion de découvrir de nouvelles têtes et de nouvelles pratiques. C’est toujours un moment que j’apprécie particulièrement : on y croise des passionné·e·s aux parcours très différents, des fidèles de longue date comme des membres fraîchement arrivé·e·s, et la diversité des approches — du tissage sur métier de haute lisse à la teinture végétale en passant par le feutre — rappelle combien ces savoir-faire sont vivants et en constant renouvellement.
L’ordre du jour était dense, avec des points statutaires, des projets à discuter et des idées à faire mûrir ensemble. La séance de travail s’est conclue de la plus belle des façons : un repas partagé autour des mets préparés par toutes et tous, chacun·e ayant apporté quelque chose à déguster. Ce genre de moment, simple et chaleureux, dit beaucoup de l’esprit qui anime Faire et Fil depuis cinquante ans.
Au Moyen Âge, le textile occupe une place essentielle dans la vie quotidienne comme dans l’économie. Se vêtir, se protéger du froid, afficher son rang… tout passe par le tissu. Derrière chaque étoffe, il y a des mains, des gestes et surtout des organisations bien structurées : les guildes de tisserands. Ces communautés d’artisans ne se contentent pas de produire, elles encadrent, protègent et transmettent un savoir-faire précieux.
Une organisation rigoureuse du métier
Les guildes, que l’on appelle aussi corporations, regroupent les artisans d’un même métier au sein d’une ville. Les tisserands y trouvent un cadre strict, avec des règles précises concernant la production, la qualité des tissus ou encore les conditions de travail.
On ne devient pas tisserand du jour au lendemain. Le parcours est long : apprenti, puis compagnon, avant d’espérer devenir maître. Chaque étape demande du temps, de la pratique et souvent la réalisation d’une pièce exemplaire. Ce système garantit une certaine homogénéité dans la qualité des étoffes produites.
Les guildes fixent aussi les prix, contrôlent les quantités produites et limitent la concurrence. Cela permet de protéger les artisans mais aussi d’éviter une baisse de qualité liée à une production trop rapide ou mal encadrée.
Un pouvoir économique et social important
Dans de nombreuses villes médiévales, les tisserands occupent une place centrale. Le textile est une richesse, parfois même la principale ressource économique locale. Certaines cités, en Flandre ou en Italie, doivent leur prospérité à la production et au commerce des tissus.
Les guildes deviennent alors de véritables forces collectives. Elles participent à la vie politique locale, financent des constructions, organisent des fêtes et des processions. Être membre d’une guilde, c’est appartenir à une communauté reconnue, avec des droits mais aussi des devoirs.
Ce pouvoir s’accompagne d’une forte identité. Chaque corporation possède ses symboles, ses saints protecteurs, ses traditions. Le métier dépasse la simple activité économique pour devenir un élément structurant de la société.
Transmission et secrets de fabrication
Au cœur des guildes, il y a la transmission. Les savoir-faire se partagent, mais jamais complètement à l’extérieur. Les techniques de tissage, les types de fibres utilisées, certains procédés restent protégés, presque jalousement.
L’apprentissage se fait par l’observation et la répétition. Les gestes se transmettent de main en main, dans l’atelier. Rien n’est écrit de manière exhaustive : le savoir est incarné, vécu. Cette transmission orale et pratique renforce le lien entre les générations.
Mais cette fermeture a aussi ses limites. Elle peut freiner l’innovation et exclure ceux qui n’ont pas accès à ces réseaux. Les guildes protègent mais elles contrôlent aussi.
Une empreinte durable
Les guildes de tisserands ont profondément marqué l’histoire du textile en Occident. Elles ont structuré les métiers, garanti un niveau de qualité et permis la transmission de techniques qui, pour certaines, existent encore aujourd’hui.
Si leur pouvoir a disparu avec le temps, leur héritage reste perceptible dans l’artisanat contemporain. Dans chaque atelier, dans chaque fil tendu sur un métier, il y a encore quelque chose de cet esprit collectif, de cette exigence et de cette patience héritée du passé. Vous ne pouvez plus rejoindre une guilde mais vous pouvez désormais adhérer à l’association des Tisserandes et tisserands de France.
Voilà mon stand avec la nouvelle structure en bois, construite par Jean-Michel, me permettant de suspendre mes étoles.
Ce fut une belle édition, dommage que les visiteurs ne furent pas aussi nombreux que d’habitude, préférant sans doute rester au frais. Cependant, les visiteurs qui avaient trouvé le courage de braver la chaleur ont pu admirer le travail des exposants, partager un moment convivial et acquérir des pièces d’exception.
Cette manifestation est très importante pour toute la communauté des amoureux du fil, du tissage et de l’artisanat. Le textile ici ne se regarde pas seulement, il se raconte, se touche et se découvre au fil des rencontres.
Voici quelques images de cet événement :
Étole en soie : Chaîne en soie perlée de Madagascar et trame en soie filée main.
Pour les deux écharpes ci-dessous, j’ai utilisé de la bourrette de soie : La bourrette est obtenue à partir des fibres courtes situées à la périphérie du cocon. Ces fibres donnent un fil mat, légèrement texturé, qui apporte du relief aux tissages.
Bien que le toucher soit plus sec que celui de la soie, la bourrette conserve ses mêmes propriétés thermorégulatrices, respirantes et hypoallergéniques. Les pièces restent donc utilisables en toute saison, même pour les peaux sensibles.
Écharpes beiges en bourrette de soie
Étole mérinos et soie
Étole mérinos et tencel
Le Tencel, aussi appelé lyocell, est une matière écologique produite à partir de pulpe de bois et d’un solvant non-toxique. Le tencel est très apprécié dans le textile, car il est un tissu respirant et résistant, très comparable à la soie. Il est parfois appelé soie végétale.
Couvertures pour bébé en coton
Petites couvertures de bébé en coton biologique, pour l’été, elles sont douces au toucher et absorbantes et résistantes.
Je suis très heureuse de vous présenter mes dernières réalisations en tissage fin : des étoles et une écharpe qui cherchent leur nouveau ou nouvelle propriétaire.
Pourquoi choisir une étole ou une écharpe faite main ?
Acheter un article tissé à la main, c’est d’abord choisir un objet qui a une histoire. J’ai sélectionné les fibres, préparé les fils, réglé le métier, puis tissé lentement, geste après geste. Rien n’est standardisé. Chaque article porte de légères variations, une texture particulière, un rythme propre. C’est précisément ce qui le rend unique, loin des productions uniformes.
Étole en lin beige
Matières : Lin et soie filée main
Dimensions : 40×200 cm
Prix : 180,00 €
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C’est aussi faire le choix de la qualité et du temps long. Les matières sont choisies avec soin, pour leur tenue, leur douceur et leur durabilité. Le tissage artisanal permet d’obtenir des étoffes solides pensées pour accompagner les saisons sans se déformer ni perdre leur caractère. Une étole ainsi réalisée n’est pas un accessoire jetable mais une pièce que vous garderez toute votre vie.
Étole rouge clair
Matières : Mérinos et Tencel
Dimensions : 60×200 cm
Prix : 230,00 €
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Enfin, acheter une étole artisanale, c’est soutenir un savoir-faire et une manière de produire plus respectueuse qui s’inscrit dans une histoire locale. Je travaille à petite échelle, en privilégiant des matières naturelles et des procédés simples. Derrière chaque pièce, il y a un choix : celui de faire autrement, de prendre le temps, et de maintenir vivant un métier qui relie la main, la matière et le territoire.
Étole rouge foncé
Matières : Mérinos et Tencel
Dimensions : 60×200 cm
Prix : 230,00 €
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La douceur de l’alpaga (et de l’alpaga suri, en particulier) se découvre dès le premier contact. Au cœur de l’hiver, lorsque le froid se fait plus vif et que le besoin de chaleur devient presque instinctif, vous prendrez plaisir à vous enrouler dans cette écharpe en alpaga. La fibre, à la fois légère et isolante, conserve la chaleur tout en laissant respirer, offrant un confort discret et profond, comme une présence rassurante posée sur vos épaules.
Écharpe en alpaga
Matières : Alpaga Suri
Dimensions : 30×180 cm
Prix : 110,00 €
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Dans la perspective occidentale contemporaine, le textile est souvent réduit à sa dimension utilitaire ou décorative. Un vêtement sert à se couvrir, une étoffe à orner un intérieur… Pourtant, pour qui sait lire entre la chaîne et la trame, le tissu n’est pas un simple objet. Il est une infrastructure de la pensée, un réceptacle du sacré et une extension vivante du langage. Tout comme chez les kogis, pour certains peuples africains, l’étoffe ne se porte pas seulement, elle se « parle » et se « vit ». Et si le métier à tisser n’était pas une simple machine artisanale, mais le moteur même de la création du monde ?
Chez les Dogons du Mali, le textile et le langage sont les deux faces d’une même pièce. Selon les récits du sage Ogotemmêli recueillis par Marcel Griaule, le tissage est la réactualisation de la révélation initiale du Verbe. Le métier à tisser est conçu comme l’univers et le geste de l’artisan imite une mécanique divine où l’anatomie d’un génie primordial se confond avec les pièces techniques de la machine.
Un récit relate comment le Septième Génie (un Nommo), ancêtre primordial, a littéralement « expectoré » le textile pour transmettre la connaissance aux hommes :
« Le jour venu, à la lumière du soleil, le Septième génie expectora quatre-vingts fils de coton qu’il répartit entre ses dents supérieures utilisées comme celles d’un peigne de métier à tisser. Il forma ainsi la plage impaire de la chaîne. Il fit de même avec les dents inférieures pour constituer le plan des fils pairs. En ouvrant et refermant ses mâchoires, le génie imprimait à la chaîne les mouvements que lui imposent les lices du métier. […] Tandis que les fils se croisaient et se décroisaient, les deux pointes de la langue fourchue du génie poussaient alternativement le fil de trame et la bande se formait hors de la bouche, dans le souffle de la deuxième parole révélée. […] Elles étaient le tissu lui-même et le tissu était le verbe ».
Dans cette fusion entre corps et technique, les dents du génie deviennent le peigne, ses mâchoires agissent comme les lices (heddles) qui ouvrent la chaîne, et sa langue fourchue fait office de navette (shuttle). Ce lien entre langage et textile transforme chaque geste du tisserand en un acte sacré, où l’ordre du monde est recréé à chaque passage de la trame.
L’armure invisible : Le vêtement comme protection spirituelle
En Afrique de l’Ouest, le textile remplit une fonction de bouclier contre les forces malveillantes. Plus qu’une parure, le vêtement peut devenir une « armure spirituelle » par l’adjonction d’objets chargés de puissance (barakah ou force vitale).
Un paradoxe régit ces objets : leur efficacité est souvent proportionnelle à leur discrétion. La puissance d’une tunique de chasseur ou d’un boubou de dignitaire augmente lorsqu’elle est dissimulée sous d’autres couches de vêtements. À même la fibre, on coud des amulettes protectrices :
Des petits sacs de cuir contenant des substances végétales ou des parties d’animaux.
Des fragments de papier portant des écritures ou des diagrammes ésotériques.
Des talismans peints directement sur le coton.
Le cas du Bogolanfini (mudcloth) chez les Bamana du Mali est exemplaire. Teint avec une boue fermentée qui interagit chimiquement avec les tanins des plantes, ce tissu n’est pas qu’un apparat. Il sert de bouclier spirituel pour les jeunes filles lors de leur initiation et pour les chasseurs s’enfonçant dans la brousse, lieu de rencontre avec des entités imprévisibles.
En Afrique, le textile n’est pas un accessoire de la vie, il en est la trame structurelle. Qu’il s’agisse de la parole expectorée par le génie Dogon ou des effigies de laine des Bwende, le tissu agit comme une infrastructure de la foi et de la mémoire, reliant l’individu au cosmos.
Dans notre époque de « fast-fashion » où le vêtement est devenu un objet jetable et désacralisé, cette vision nous invite à une réflexion nécessaire. Et si les objets qui nous entourent possédaient, eux aussi, une charge symbolique que nous avons désappris à lire ? Quel « verbe » portez-vous aujourd’hui sur vos épaules ?
Chaque année, le pittoresque village de Varaignes, niché au cœur de la Dordogne, se transforme en un véritable paradis pour les passionnés de tissage et de filage.
L’édition 2023 du marché des Tisserands, un événement incontournable pour les amoureux des arts textiles organisé par l’Association Fils et métiers, n’a pas fait exception.
Pendant le week-end de la Pentecôte, la cour du château et les alentours se sont animés au rythme des navettes de tissage et des rouets, offrant aux visiteurs une expérience unique de l’univers du tissage et du filage traditionnels.
Artisans talentueux, démonstrations, ateliers pratiques et produits d’exception étaient au rendez-vous pour célébrer la richesse et la diversité de ces savoir-faire ancestraux. Les visiteurs ont eu l’occasion de rencontrer, d’échanger et de se laisser inspirer par les tisserandes et les fileuses. Ils ont également pu découvrir les dernières tendances et techniques en la matière, tout en profitant de l’ambiance conviviale et chaleureuse de ce marché d’exception.
Comme chaque année, j’ai pris beaucoup de plaisir à participer à cet événement en tenant le stand de Faire et Fil.
Voici un petit reportage photo de ce beau week-end.
Je file sur le standEcheveauxLe stand
Pastoralisme en Double
Thèrése présentait notre travail de collaboration et de valorisation de la laine de ses moutons.
Des nombreuses pelotes filées main pour le tissage des tapis ainsi que de la laine cardée par nos soins étaient à vendre. De grands tapis ont trouvé leur place d’exposition ainsi que des tapis de dimension moyennes avec des fils insérés de couleurs végétales .
Notre stand de présentationTapis et ChapeauxTapis entre terre et ciel
Pour la première fois, j’ai participé au mois de juin à l’exposition de Fils et Métiers au marché des Tisserands à Varaignes. Le thème de cette année était « Reprises, repriseS »
sur(e)prise
Tissage en lin filé main et papier végétal à base d’orties et cellulose
Par cette création, j’ai essayé d’exprimer les différents sens que » Reprises, repriseS » représentaient pour moi.
La chaîne est double : une chaîne en lin qui représente la couche de fond et une 2ème chaîne en lin flammé me permettant de faire une fenêtre superposée, dans laquelle je peux glisser des matières ou tisser des matières différentes. J’ai utilisé 2 ensouples pour équilibrer les tensions.
voici ma 1ère suspension
1ère suspension :
La 1ère fenêtre exprime un raccommodage textile .
La 2ème fenêtre utilise du papier végétal à base d’ortie et papier shifu , pourquoi ne pas repriser avec ce que l’on a sous la main…
La 3ème fenêtre représente la reprise musicale, avec insertion de papier musique, comme les reprises rituelles de la vie…
La 4ème fenêtre exprime la reprise d’un végétal. Même dans des conditions difficiles, la nature reprend ses droits…
Voici la 2ème suspension
La 2ème suspension
La 5ème fenêtre utilise du fil fantaisie de papier coloré pour exprimer la reprise de la vie, après une période morose.
La 6ème fenêtre reprise sur(prise) , la lumière renaît après l’obscurité.
Voici le détail de la reprise musicale
Dans la vie tout est reprise…que ce soit les rituels de la vie… la répétition : imitation et restitution d’un énoncé (d’une parole, d’une phrase musicale ou d’un geste…), remémoration et reconstitution d’une situation, ré exploration et renouvellement d’un état…
Détail de la dernière fenêtre
Voici la sur prise: Les papiers colorés évoquent le renouveau après une période sombre, qui aboutit à la lumière…mais sans la prise pas de lumière….
Article du Sud-Ouest
Et quelle ne fut pas ma surprise de recevoir le premier prix du jury, je n’en revenais pas, car de nombreuses pièces exposées me paraissaient bien répondre au thème.
En parallèle au tissage de mes tapis en laine rustique, j’aime travailler des fils fins comme la soie par exemple. Vous allez découvrir plusieurs réalisations créées ces derniers temps.
Chaîne en laine mérinos 9 fils par cm et trame en soie
Mes étoles
Voici plusieurs étoles tissées en laine mérinos et soie.
Sur la même chaîne, trame en soie beige
Il est intéressant de voir qu’avec une même chaîne, les couleurs peuvent changer complètement le tissu.
Voici plusieurs étoles en damassé.
La technique du damassé est basée sur une alternance d’effet chaîne et effet trame. On retrouve souvent des damiers dans le tissu, ce qui donne du relief à la surface.
Un tapis de 1m sur 3 m m’a été commandé lors du confinement. Il s’agissait de tisser des bandes de laine feutrées provenant de restes de nappes en feutre aiguilleté machine.
Les nappes ont été découpées en bandes de 2,5cm et tissées de manière aléatoire.
Le résultat a donné un résultat très gonflant et moelleux