Ortie, chanvre… les trésors des fibres oubliées

Quand on pense filage et tissage, la laine, le lin et le coton viennent naturellement à l’esprit. Mais avant que ces trois-là ne dominent nos ateliers, d’autres fibres ont longtemps tenu le haut du pavé – et elles reviennent aujourd’hui doucement sur le devant de la scène. Petit tour d’horizon des trésors oubliés qui dorment peut-être déjà dans votre jardin.

L’ortie, le lin du pauvre

Oui, celle qui pique. Et pourtant, le fil d’ortie était autrefois largement utilisé en Europe, où on le surnommait « le lin du pauvre », rivalisant avec le lin et le chanvre pour fabriquer aussi bien de la toile robuste que du linge de table fin. Son usage textile a laissé des traces à travers toute l’Europe – en France, en Italie, en Finlande et surtout en Allemagne – et on en retrouve même des vestiges dans l’équipement d’Ötzi, cette momie vieille de plus de 5000 ans.

Techniquement, la fibre d’ortie est surprenante : large, creuse, et pourtant d’une résistance à toute épreuve – un fil de la grosseur d’un fil à coudre classique qui ne se casse pas à la main. Une fois filée, elle offre un toucher proche du lin, à la fois solide et doux.

Le chanvre, la fibre qu’on redécouvre

Longtemps cultivé en France pour ses cordages, ses toiles à voile et ses vêtements de travail, le chanvre a presque disparu de nos filatures au XXe siècle. Aujourd’hui, il fait un retour remarqué, porté par sa robustesse légendaire et par des qualités écologiques qui séduisent : culture peu gourmande en eau, pousse rapide, et un sol régénéré au passage. Sur le métier à tisser, le chanvre demande un peu de patience – sa fibre plus rêche que le lin gagne à être assouplie – mais le résultat, dense et durable, vaut largement l’effort.

D’autres pépites à explorer

L’ortie et le chanvre ne sont pas seules dans la course. La ramie, aussi appelée « ortie de Chine », est cultivée en Asie depuis des millénaires pour son éclat soyeux, ce qui lui a valu le surnom de « soie végétale ». Plus près de nous, on redécouvre aussi des fibres locales et de saison, parfois cueillies à la main, qui racontent un territoire autant qu’un savoir-faire.

Pourquoi s’y intéresser aujourd’hui ?

Ces fibres oubliées cochent plusieurs cases qui parlent à beaucoup de tisserand·e·s et fileur·se·s aujourd’hui : circuits courts, cultures peu gourmandes en intrants, gestes ancestraux à réapprendre… et surtout, le plaisir de travailler une matière qui a une histoire. Filer de l’ortie ou tisser du chanvre, c’est renouer avec des gestes que nos grands-parents connaissaient bien et redonner leur place à des plantes qu’on croisait sans les voir.

Pour aller plus loin

AG Faire et Fil – 2026

l'AG annuelle de l'association Faire et fil

Le 26 avril dernier, j’ai eu la joie d’accueillir à la maison l’AG annuelle de l’association Faire et Fil. Depuis 1975, l’association promeut le tissage et d’autres savoir-faire textiles (filage, feutre, teinture…) en proposant — entre autres — des stages d’initiation à différentes techniques, mais aussi des rencontres et des moments d’échange qui font toute la richesse de la vie associative.

Le traditionnel tour de table a permis de se présenter les un·e·s aux autres et a été l’occasion de découvrir de nouvelles têtes et de nouvelles pratiques. C’est toujours un moment que j’apprécie particulièrement : on y croise des passionné·e·s aux parcours très différents, des fidèles de longue date comme des membres fraîchement arrivé·e·s, et la diversité des approches — du tissage sur métier de haute lisse à la teinture végétale en passant par le feutre — rappelle combien ces savoir-faire sont vivants et en constant renouvellement.

L’ordre du jour était dense, avec des points statutaires, des projets à discuter et des idées à faire mûrir ensemble. La séance de travail s’est conclue de la plus belle des façons : un repas partagé autour des mets préparés par toutes et tous, chacun·e ayant apporté quelque chose à déguster. Ce genre de moment, simple et chaleureux, dit beaucoup de l’esprit qui anime Faire et Fil depuis cinquante ans.

Marché des Tisserands à Varaignes – édition 2023

Chaque année, le pittoresque village de Varaignes, niché au cœur de la Dordogne, se transforme en un véritable paradis pour les passionnés de tissage et de filage.

L’édition 2023 du marché des Tisserands, un événement incontournable pour les amoureux des arts textiles organisé par l’Association Fils et métiers, n’a pas fait exception.

Pendant le week-end de la Pentecôte, la cour du château et les alentours se sont animés au rythme des navettes de tissage et des rouets, offrant aux visiteurs une expérience unique de l’univers du tissage et du filage traditionnels.

Artisans talentueux, démonstrations, ateliers pratiques et produits d’exception étaient au rendez-vous pour célébrer la richesse et la diversité de ces savoir-faire ancestraux. Les visiteurs ont eu l’occasion de rencontrer, d’échanger et de se laisser inspirer par les tisserandes et les fileuses. Ils ont également pu découvrir les dernières tendances et techniques en la matière, tout en profitant de l’ambiance conviviale et chaleureuse de ce marché d’exception.

Comme chaque année, j’ai pris beaucoup de plaisir à participer à cet événement en tenant le stand de Faire et Fil.

Voici un petit reportage photo de ce beau week-end.

Pastoralisme en Double

Thèrése présentait notre travail de collaboration et de valorisation de la laine de ses moutons.

Des nombreuses pelotes filées main pour le tissage des tapis ainsi que de la laine cardée par nos soins étaient à vendre. De grands tapis ont trouvé leur place d’exposition ainsi que des tapis de dimension moyennes avec des fils insérés de couleurs végétales .

Notre stand de présentation
Tapis et Chapeaux
Tapis entre terre et ciel